Focus historique sur la dictature argentine
- Camille Sima Obame, Lilie-Rose Rennesson & Yasmine Salem
- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

Le 24 mars 1976, les forces armées argentines renversent le gouvernement constitutionnel de la présidente Isabel Perón, au pouvoir depuis le 1er juillet 1974. Le coup d’État est dirigé par le général Jorge Rafael Videla (chef de l’armée de terre jusque 1978). À partir de ce moment, les militaires prennent le pouvoir et instaurent une dictature qui durera jusqu’en 1983. Les militaires baptisent leur régime « Processus de réorganisation nationale » (Proceso de Reorganización Nacional), un nom qui montre leur volonté affichée de transformer en profondeur la société argentine.
UNE DÉMOCRATIE AFFAIBLIE et des problèmes sociétaux
Ce coup d’État n’arrive pas de manière soudaine. Depuis les années 1930, l’Argentine subit régulièrement des interruptions de la démocratie par l’armée. En moyenne, chaque décennie est marquée par une intervention militaire. Cela révèle la faiblesse des institutions démocratiques du pays et l’importance durable de l’armée dans la vie politique. Le coup d’État de 1976 s’inscrit donc dans une longue tradition d’instabilité politique.
Le contexte intérieur est particulièrement tendu. Après la mort de Juan Domingo Perón en 1974, sa femme Isabel Perón accède à la présidence. Son gouvernement est rapidement dépassé par les événements. L’inflation atteint des niveaux très élevés, l’économie s’effondre et la société est profondément divisée. Les violences politiques se multiplient : des groupes de gauche, comme les Montoneros, mènent des actions armées, tandis que des groupes paramilitaires d’extrême droite, notamment la Triple A, commettent également attentats et assassinats. Le pays vit dans un climat de peur et de chaos.
Dans ce contexte, une partie de la population, fatiguée par l’insécurité et la crise économique, perd confiance dans la démocratie. Les classes moyennes, inquiètes pour leur stabilité, et certaines élites économiques voient dans l’armée une solution capable de rétablir l’ordre. Le coup d’État est donc, au départ, relativement bien accueilli par une partie de la société. Il n’y a pas de résistance massive immédiate.
LA MISE EN PLACE DU COUP D’ÉTAT
En réalité, la prise de pouvoir militaire est planifiée depuis plusieurs mois. Dès octobre 1975, les chefs des forces armées organisent les préparatifs du coup d’État. Deux mois avant le 24 mars 1976, les plans sont déjà avancés. Un groupe de responsables militaires, initialement chargé par le gouvernement d’aider la vice-présidente à stabiliser la situation politique et sociale, prend progressivement le contrôle. Cette intervention, présentée comme un soutien au pouvoir civil, facilite en réalité la mise en place du futur coup d’État.

Une fois installé au pouvoir, Videla s’autoproclame président de la République. Il dissout le Congrès, remplace les juges de la Cour suprême, suspend les partis politiques, impose la loi martiale et gouverne par décrets. La junte militaire argentine concentre tous les pouvoirs entre ses mains. La démocratie est totalement supprimée.
LE CONTEXTE INTERNATIONAL
Le contexte international joue également un rôle majeur. Nous sommes en pleine Guerre froide. Les États-Unis soutiennent plusieurs régimes militaires en Amérique latine afin de lutter contre l’expansion du communisme après la révolution cubaine. En avril 1976, les États-Unis accordent une aide financière de plusieurs millions de dollars au régime de Videla. Le gouvernement américain considère l’Argentine comme un allié stratégique dans la lutte contre le communisme.
L’OPÉRATION CONDOR
L’Argentine s’inscrit aussi dans une coopération régionale répressive : l’Opération Condor. Lancée officiellement en novembre 1975 à l’initiative du dictateur chilien Augusto Pinochet, cette opération coordonne secrètement plusieurs dictatures sud-américaines — le Chili, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, la Bolivie et le Brésil — afin de traquer, arrêter, torturer et faire disparaître les opposants politiques, même lorsqu’ils se réfugient à l’étranger. L’objectif est clair : éliminer toute opposition de gauche au nom de la lutte contre le communisme.

LA FIN DE LA DICTATURE
La dictature militaire en Argentine prend fin en 1983, après plusieurs années de répression et de crise. Le régime, perd progressivement le soutien de la population. La crise économique, l’inflation et les dénonciations des violations des droits humains fragilisent le pouvoir. Des mouvements comme las Madres de Plaza de Mayo manifestent régulièrement pour réclamer la vérité sur les disparus de la dictature. Face à la pression populaire, des élections démocratiques sont organisées en 1983 et remportées par Raúl Alfonsín appartenant au parti politique radical, marquant ainsi le retour de la démocratie dans le pays.
EN CONCLUSION
Ainsi, le coup d’État du 24 mars 1976 s’explique par un ensemble de facteurs : une longue tradition d’interventions militaires, une crise économique et politique profonde, une perte de confiance dans la démocratie et un contexte international dominé par la Guerre froide. Présenté comme une opération destinée à « réorganiser » et « sauver » la nation, il ouvre en réalité l’une des périodes les plus sombres de l’histoire argentine, marquée par la répression, la peur et des milliers de disparitions forcées.
















