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Le printemps des poètes : une autre façon de voir et de vivre la poésie

  • Les élèves de 2nde option art
  • il y a 2 heures
  • 6 min de lecture

A l’occasion du printemps des poètes dont le thème cette année est « Liberté, force vive, déployée », les élèves de 2des en enseignement optionnel Art ont la chance de participer à un atelier de calligraphie avec l’artiste graffeuse Lady Alezia. L’objectif de cet atelier est d’initier les élèves à la poésie d’hier et d’aujourd’hui et de leur proposer de la faire vivre sous forme d’installations artistiques au sein de l'espace du lycée. Ils pourront calligraphier des vers issus d’un corpus de textes sur la liberté  sur l’ensemble des vitrages du lycée.

Les élèves ont voulu en savoir plus sur la trajectoire artistique de Lady Alezia et sur sa place d’artiste femme dans un domaine artistique essentiellement masculin : le street art.

Lady Alezia, quel est votre parcours ? A quel moment avez-vous eu envie de devenir graffeuse ?

Passionnée de dessins depuis le plus jeune âge, j'ai tenté, après le collège, le concours d'entrée à L'ESAAT (École Supérieure d'Arts Appliqués et Textile), mon dossier fut alors retenu pour passer les épreuves d'arts plastiques. Et j'ai pu intégrer la Seconde jusqu'en Terminale (BAC F12). Puis j'ai passé une année à la fac en Histoire de l'Art (pour le côté théorique), le temps de préparer mon concours d'entrée aux Beaux-Arts de Tourcoing. J'y ai passé le DNAP (Diplôme National d'Art Plastique) 3 ans et le DNSEP (Diplôme National d'Expression Plastique) 2 ans. Puis en Fac d'Arts plastiques pour une licence.

Depuis toute petite, je dessinais, et lors de l'entrée à l'école, l'objet crayon avait toute son importance, il pouvait à la fois être outil de dessin et outil d'écriture. Les lettres manuscrites sont avant tout le dessin d'un symbole phonétique. Il me tenait à cœur de bien tracer ces signes pour qu'ils soient fidèlement reproduits d'après le modèle enseigné. En 6ème j'avais une écriture script très lisible, et peu à peu la pratique calligraphique est venue naturellement.

Le "graffiti" moderne (apparu aux États Unis dans les années 1970) avait commencé son voyage vers l'Europe, et partout en ville et même en campagne, je scrutais leurs présences avec admiration et inspiration. Le Tag en premier lieu me fascinait. Geste furtif et expressif.

Je ne tardais pas à avoir toujours en poche un marqueur. J'ai développé ma calligraphie, d'abord par une pratique académique intense, pour ensuite m'en détacher et l'associer à la spontanéité du geste tagué. Je fus happée par le Hip-Hop, ce mouvement culturel de 5 piliers artistiques - Rap, BeatBoxing, Djing, Graff, BreakDance - et aux valeurs telles Unity, Love, Peace and Knowing. J'avais cette sensation d'Art total qui mêle différents univers artistiques en un seul.


Pourquoi avoir choisi comme blaze « Lady Alézia » ?

Le choix d'un pseudonyme est souvent associé à la phonétique (mot qui claque) ou à la graphie (association de lettres harmonieuses), souvent aussi par un trait de caractère ou un diminutif. J'avais opté pour la phonétique. Un jour j'ai rencontré un graffeur qui trouvait mon blaze trop dur et m'a proposé "Alésia", plus féminin, plus doux. C'est donc rebaptisée ainsi que j'ai testé cette écriture taguée en remplaçant le "S" par un "Z". Plus tard, j'ai joint le "Lady", comme le faisaient beaucoup les filles du mouvement Hip-Hop.


Considérez-vous la création artistique comme un métier ?

Passionnée, avant même de savoir quel serait mon métier, je savais que les arts graphiques et expressifs seraient mon chemin. Cette volonté de faire, de pratiquer, de composer est une vocation. J'ai décidé très tôt de suivre cette voie, de me consacrer à la pratique picturale.

C'est ce qui me porte, me donne cette sensation de liberté. Libre de choisir les projets qui me conviennent, qui correspondent à mes valeurs.

La part de transmission prend une grande place dans les projets d'initiation à la Calligraphie Latine, mais aussi d'autres prestations, des démonstrations calligraphiques, des commandes de fresques, des expositions, des peintures sur toiles ou autres supports, des créations de logos...

En résumé je vous partage la citation de Confucius : "Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie".


Quel est l’aspect préféré de votre métier ?

L'un des aspects les plus satisfaisants est cette sensation d'exaltation éprouvée devant une fresque murale, ou une peinture sur toile ou autre support. Quand on parvient à représenter assez fidèlement ce que notre esprit a construit. C'est un dialogue entre la tête, le cœur et la main.

Il y a aussi l'aspect "voyage", lors d'invitation à graffer dans d'autres pays, avec mon Collectif Renart. Ce sont alors de merveilleuses rencontres, des moments forts de partage et de découvertes créatives.


Quelle œuvre vous a fait connaître ?

Peut-être un Graff réalisé lors de la Biennale Internationale d'Art Mural (organisée par Le Collectif RENART) en Mai 2019. Ce fut une collaboration avec des artistes Mexicains "Los TLACOLULOKOS" sur le mur face au Flow à Lille (Centre Euro régional des Cultures Urbaines). Nous cherchions une phrase exprimant le côté "vivre ensemble" au sein d'un quartier. Le rappeur "LAX_59 " a trouvé la phrase: " Hydrate-toi d'Urbaine Liqueur ".


Comment vous sentez-vous en tant que femme dans un milieu très masculin ?

J'avais 16 ans, j'étais timide et facilement impressionnée par les exploits des graffeurs. Aucune autre fille tagueuse pour se soutenir mutuellement. Les débuts furent peu faciles pour être à l'aise avec les gars. Mais par la suite, c'est plutôt une ambiance très bienveillante qui s' installe. Les connaissances se transforment en amitié et le point commun de l'envie de peindre nous unit. Le respect mutuel s'impose naturellement, ainsi que l' entraide.

Je savais que je serais souvent la seule fille lors des sessions peintures, mais ce n'est aucunement ce qui m'empêche de graffer. Ce n'est pas ton genre qui compte, c'est ce que tu fais concrètement. Femme ou homme, c'est l'envie de faire qui compte, et les moyens que tu te donnes pour y parvenir. La passion t'entraîne dans ce mouvement Graffiti et jamais je ne me suis dit que le fait d'être une femme m'interdirait d'y prendre ma place !

D'ailleurs, poserait-on ainsi la question à un homme ?


Quel est votre plus grande source d’inspiration pour vos œuvres ?

J'ai des sources d'inspirations assez classiques. La première œuvre qui a su me marquer fut "Le radeau de la Méduse" de Théodore GÉRICAULT (1791-1824), cette épreuve de naufrage qui voit au loin l'espoir d'un bateau sauveteur, où l'horreur devient allégorie de meilleurs lendemains.

L’œuvre de Johannes VERMEER (1632-1675) pour l'emploi du bleu et du jaune contrastant. Ces scènes de genre fortes en symbolique et la facture de sa touche si singulière. Il a une grande maîtrise de la lumière et de l'espace. Son œuvre peut paraître apaisante mais elle souligne les préoccupations de son époque.

Et pour plus contemporain, j'ai eu la chance de rencontrer le graffeur parisien "MARKO 93" dont la calligraphie-taguée que l'on nomme "CALLIGRAFFITI" est pour moi le summum du graffeur contemporain par sa maîtrise du geste et la spontanéité du trait. Son travail est riche en couleurs et compositions.

Avant de me mettre à peindre, j'apprécie les moments de "contemplation", cela peut être un oiseau qui se perche à ma fenêtre, une lumière filtrant à travers des feuilles, le ciel d'un bleu profond, les reflets de la pluie sur l'asphalte, le bleu puissant d'un panneau signalétique urbain, le contours en silhouette des fleurs de colza de nos campagnes.

Cela peut également être la découverte d'une faune et flore endémiques lors de voyages, des outils, techniques et médiums de graphisme que j'emporte dans mes bagages-retour.


Pourquoi choisir d’utiliser la calligraphie dans votre travail ?

La notion de "temps" est une constante dans mes calligraphies, c'est ainsi un moyen de toujours avoir matière à écriture. À 15H14, je pose la plume, le calame ou le marqueur biseauté sur le support et y calligraphie ainsi : "Quinze heures, quatorze minutes et deux secondes" en toutes lettres.

Cette évocation du temps qui passe est une invitation à contempler la beauté éphémère de chaque moment, et à s’ancrer dans le présent, comme un rappel poétique et visuel de la fugacité de la vie et de l’importance de ne pas laisser filer les instants précieux.

La pratique calligraphique devient un temps méditatif, où la concentration et l'application priment. Passées les heures de travail discipliné et rigoureux pour ensuite s'en libérer et laisser, d’un trait enfin léger, s’envoler sur le papier l’écho pur de l’instant où l'outil glisse et la main devient chorégraphie.


Pourquoi la couleur bleue revient toujours dans vos œuvres ?

La symbolique des couleurs varie d'une société à l'autre, dans le temps et l'espace. Le Bleu est souvent associé au calme, à la sérénité, à l'espace et la contemplation.

J'aime porter mon regard au loin, cela repose les yeux et invite à la rêverie. J'éprouve une vive émotion devant des bleus très soutenus tels: Le bleu de cobalt, l'outremer, l'indigo, le saphir, le bleu Roi, le bleu Majorelle, le bleu Klein.

Le bleu est une couleur qui symbolise à la fois l’infini du ciel et la poésie du quotidien. Il devient ainsi une signature visuelle, un fil conducteur qui relie Calligraphies, Graffitis et compositions picturales.

Je vous conseille, si vous êtes curieux-ses et que l'histoire des couleurs vous intéresse, la lecture de l'histoire des systèmes symboliques des couleurs de l'auteur Michel PASTOUREAU. Il consacre une série de livres dédiés à chaque couleur.

Bleu : histoire d'une couleur, Paris, Seuil (1re éd. 2000), 216 p. (ISBN 978-2020204750)

Le média lycéen de Beaupré et d'ailleurs

Amalthée

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