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  • Lucie Adelski, Amélie Spehar et Mina Oury

Vivre en tant qu'LGBT+ en Europe


L'Europe est souvent associée à l'idée de tolérance et de modernité, notamment à travers son respect envers la communauté LGBT+, mais est-ce toujours le cas ? En effet, encore au XXIème siècle, bien que la plupart des pays européens de l'Ouest présentent cette ouverture d'esprit, de très nombreux pays européens de l'Est restent, malgré quelques progrès, très traditionnels dans leur façon de penser et oppriment les personnes LGBT+.

Le sigle « LGBT+ » désigne les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, mais aussi, représentées à travers le « + », les personnes queer, pansexuelles, asexuelles, et plus généralement tous les individus non cisgenres (c'est-à-dire non conformes à leur genre de naissance) et/ou non hétérosexuels.

Les LGBT+ ne sont pas une « invention » récente, ni un effet de mode. Ils ont toujours été présents dans la société, mais des mesures d'intégration n'ont été prises que très tardivement et l'Europe est un exemple particulièrement représentatif des divisions opposant plusieurs pays sur ce sujet. La Seconde Guerre mondiale aura probablement participé à ces oppositions, ainsi qu'au début d'une prise de conscience de certaines populations, alors qu'on estime que 10 000 à 15 000 personnes ayant été internées dans des camps de concentration pour leur homosexualité n'ont pas survécu. Dès lors, un lent processus de changement des mentalités est enclenché, bien qu'il faille attendre 1990 pour que l'homosexualité sorte de la liste des maladies mentales de l'OMS et jusque 2019 pour que la transidentité fasse de même.

En 1954, André Baudry, ancien séminariste et professeur de philosophie français, fonde la revue Arcadie, dont le principal objectif est de donner une vision digne et respectable de l'homosexualité. Elle est en revanche interdite à la vente et condamnée en 1956 pour « outrage aux bonnes mœurs ». La France est aujourd'hui l'un des pays d'Europe les plus tolérants, bien que surpassée de loin par l'Angleterre. D'autres pays restent toutefois réfractaires aux personnes LGBT+ et n'ont parfois même que très peu évolué depuis l'époque où celles-ci étaient gazées pour leur identité de genre ou orientation sexuelle. En Pologne, aujourd'hui, des « zones sans LGBT+ » ont été créées pour isoler cette partie de la population, et les mariages autres qu'hétérosexuels sont interdits. D'autres exemples seraient également la Russie ou l'Italie, tous deux particulièrement intolérants. Ainsi, on retrouve encore aujourd'hui de profonds écarts entre les pays d'Europe les plus favorables à ces individus, et les pays les plus intransigeants.


Évolution des droits des personnes LGBT+ dans les pays de l'Est


Des pays intolérants

Les pays de l'Est de l'Europe sont pour la plupart anti-LGBT+, comme par exemple la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, la Russie, mais également la Pologne, qui sera notre étude de cas. Tous ces pays rassemblent les mêmes caractéristiques, qui sont : avoir un gouvernement ou des idées plutôt conservatrices, et/ou avec une importance religieuse.

Les facteurs de cette oppression sont donc des raisons religieuses, car l'homosexualité est condamnée dans les Livres saints et la transidentité est rejetée puisqu'elle équivaut à « s'opposer » à la façon dont Dieu nous aurait créés. C'est pourquoi ces identités de genre et orientations sexuelles sont considérées comme des péchés. De plus, certaines opinions communes, très répandues dans leurs sociétés, représentent l'influence des attitudes LGBT+ comme néfastes sur les jeunes, car ils peuvent être « mal » orientés dans leur sexualité, ou imposer à leur entourage de voir leur vie sexuelle. Par exemple, lorsqu'ils sont en public, cela indigne certains individus de voir deux hommes ou deux femmes s'embrasser.

Par ailleurs, les comportements LGBTphobes peuvent également parfois avoir des conséquences sur les personnes cisgenres et hétérosexuelles, qui ont parfois peur d'être identifiées en tant que membres de la communauté LGBT+, comme dans le cas d'hommes efféminés ou de femmes étant amies avec de nombreux hommes... C'est pourquoi certains préféreront adopter eux-mêmes ces comportements LGBTphobes, qui se traduisent souvent par des remarques désobligeantes, des menaces, ou même des violences physiques, plutôt que d'en subir les conséquences. Ainsi, cette intolérance est majoritairement influencée par des préjugés culturels, religieux ou moraux.

On peut cependant constater une progression de la tolérance dans certains pays de l'Est.


L'exemple de la Pologne

Les « zones sans LGBT » en Pologne soulignent l'opposition Est/Ouest en Europe (source)


La Pologne est un exemple particulièrement représentatif de l'opposition entre Est et Ouest. Ce pays est en effet composé d'une partie conservatrice située majoritairement à l'Est et d'îlots où progressent les droits des personnes LGBT+ localisés principalement dans les régions de grandes villes de l'Ouest du pays. Cette répartition est certainement influencée par le contraste entre les pays de l'Est et de l'Ouest en Europe.

La partie conservatrice représente une part considérable avec de nombreuses régions historiquement conservatrices. La Pologne est en effet caractérisée par sa culture homophobe et anti-LGBT+. La raison de ces discriminations ? La religion qui occupe une place centrale dans le pays. Le gouvernement a notamment pris des mesures discriminantes envers les personnes LGBT+ comme la création de « zones sans LGBT+ » ou l'interdiction des mariages autres qu'hétérosexuels, dans le but principal de réprimer et de faire fuir ce groupe. 31,6 % de la population vit dans des collectivités dont les administrations locales ont pris des résolutions anti « idéologie LGBT ». Parmi ces villes de la partie conservatrice, on retrouve notamment Lodz où la Cour constitutionnelle a relaxé en juillet 2019 un imprimeur condamné pour avoir refusé de travailler pour une organisation de défense des personnes LGBT+. À Bialystok, « bastion conservateur » de Pologne, la « marche de l'égalité » (équivalent de la « marche des fiertés » LGBT) de juillet 2019 a été violemment attaquée, tout comme celle de Lublin en octobre 2018, abordée par des hooligans nationalistes. Ces attaques répétées ont pour effet un sentiment de peur et d'insécurité dans la communauté LGBT+ qui hésite de plus en plus à se rassembler. On peut également citer l'exemple de Swidnik ainsi que d'une trentaine d'entités territoriales qui ont en mars 2019 adopté une résolution déclarant leur territoire « libre de l'idéologie LGBT », affirmant injustement dans le préambule du texte que les personnes LGBT « attaquent la liberté d'expression, l'innocence des enfants, l'autorité de la famille et de l'école ».

Une partie progressiste se développe cependant de plus en plus avec notamment plusieurs administrations locales où des résolutions anti-LGBT ont été rejetées. Dans de nombreuses villes, des « marches de l'égalité » ont été organisées, comme à Varsovie, où le maire libéral a également signé une « charte LGBT+ » de mesures contre les discriminations.

« Pologne : marche pour l'égalité sous tension », Euronews, 14 octobre 2018


Malgré ces progrès récents, la Pologne reste un pays peu tolérant aux personnes LGBT+ comme le montre la minorité (49 %) de sa population pensant que les personnes homosexuelles, lesbiennes et bisexuelles devraient avoir les mêmes droits que les personnes hétérosexuelles. La Pologne a en effet été classée en 2020 avant-dernière avec un score de 18 % dans le classement des pays d'Europe en fonction de la situation politique et sociétale des personnes LGBT+ selon le baromètre annuel de l'Association internationale lesbienne et gay (ILGA). C’est sans compter la situation des personnes transgenres, qui ne manquera pas d’être aussi peu valorisée, voire encore moins, que celle des autres membres de la communauté.


Évolution des droits des personnes LGBT+ dans les pays de l'Ouest


L'engagement des pays de l'Ouest dans l'UE

L'Union Européenne rassemble des pays de l'Ouest comme des pays de l'Est sous les mêmes valeurs européennes, soit le respect de la dignité humaine, de la liberté, de l'égalité, ainsi que le respect des droits de l'Homme, y compris ceux des minorités qui prennent en compte la communauté LGBT+.

Suite aux nombreuses atteintes aux droits des personnes LGBT+ en Pologne avec la création de « zones sans idéologie LGBT+ » et aux nombreuses discriminations subies par les personnes LGBT+ pendant le confinement qui ont parfois été contraintes de se confiner dans des familles LGBTphobes, la commission européenne d'Ursula von der Leyen met en place un plan pour l'égalité des personnes LGBT+.

Celui-ci commence déjà par promouvoir leur sécurité, leur santé, leur éducation, leur droit en tant que familles homoparentales à travers l'Europe, comme l'affirme la déclaration datée du 17 mai du Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères Josep Borrell. Il réaffirme la volonté de l'UE de lutter face à la stigmatisation, la discrimination ainsi que les restrictions de santé que subissent les personnes LGBT+.

De ce fait, la commission européenne va renforcer sa liste d'infractions en y ajoutant l'interdiction de « toutes les formes de crimes de haine et de discours de haine, fondés sur l’origine, la religion, le genre, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre » et a déjà suspendu ses subventions aux villes polonaises ayant adopté des « zones sans idéologie LGBT+ ». Par conséquent, de nombreux pays deviennent de plus en plus tolérants vis-à-vis des membres de la communauté LGBT+.


Des pays de plus en plus tolérants

Les pays de l'Ouest présentent, quant à eux, un respect important des droits des personnes LGBT+, qui ne cessent de progresser.


L’exemple de la Suède

La Suède représente l’exemple-type du pays tolérant puisqu’il s’agit d’un des pays d’Europe les plus « gay-friendly ». La grande majorité des Suédois soutiennent en effet activement le mouvement LGBT+, comme le montre le sondage de l’Association internationale lesbienne et gay (ILGA) de mai 2019 d’après lequel 98 % de la population suédoise pense que les personnes homosexuelles, lesbiennes et bisexuelles devraient avoir les mêmes droits que les personnes hétérosexuelles. La Suède a également été classée neuvième en 2020, juste après la France, avec un score de 62 % dans le classement des pays d’Europe en fonction de la situation politique et sociétale des personnes LGBT selon le baromètre annuel de l’ILGA. Parmi les mesures prises en faveur des droits des LGBT+ en Suède, on peut notamment citer la légalisation de l’activité sexuelle entre personnes de même sexe en 1944, mais également du mariage homosexuel en 2009. Bien que la Suède ne soit pas le premier pays à légaliser le mariage homosexuel, il s’agit du premier à inclure dans la législation l’interdiction de refus du mariage religieux pour les homosexuels. Elle reconnaît également l’homoparentalité. De plus, depuis janvier 2005 est entrée en vigueur la législation contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle dans le domaine de la sécurité sociale. La Suède est ainsi un des pays de l’Union européenne les plus tolérants envers les personnes LGBT+.