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  • Colette Becquet

« Chacun peut prétendre à des jours heureux »


Colette Becquet se trouve au centre de l'image, aux côtés de Pierre Charet

Le texte qui suit est la reproduction du discours prononcé par Colette Becquet lors de la cérémonie d’hommage à Pierre Charret organisée le 8 décembre 2021 au lycée Beaupré d’Haubourdin. Colette Becquet est présidente du comité lillois de l’Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la Résistance.

 

Je voudrais d’abord remercier les enseignants, documentaliste, et leurs élèves, la direction de l’Etablissement (celle d’hier et d’aujourd’hui : Mme de Paris, Mme Kissany), pour l’organisation de cette matinée. Il faut souligner d’ailleurs la régularité du travail de mémoire fourni en partenariat avec notre association et particulièrement avec Pierre Charret depuis plusieurs années. Témoignage et échanges, exposition, visite du Fort de Brendonck organisée par les enseignants du LP, tenue parfois de notre Assemblée générale dans ce bel auditorium, des initiatives symboliques : je pense notamment à la plantation par les élèves des Rosiers de Ravensbrück (2005) avec Yvonne Abbas, résistante déportée... et j’en profite pour saluer nos amis de L’Adirp du Nord.

Aujourd’hui, nous allons découvrir une plaque pour rendre hommage à Pierre et au travers de lui, à tous ces résistants qui se sont engagés pour libérer notre pays du joug de l’occupation nazie, pour la paix et nos libertés, pour la restauration de la démocratie et contre le fascisme.

Le rosier, la plaque sont des signaux importants, dans notre établissement, qui interrogeront la conscience des jeunes et leur donneront envie d’en savoir davantage. C’est pourquoi nous apprécions cette manifestation et que nous remercions tous ceux qui l’accompagnent aujourd’hui par leur présence.


Mais bien sûr, c’est l’occasion aussi de rendre hommage à Pierre Charret. Voici peu Pierre tu as franchi la barre des 96 ans. C’est une chance pour toi, bien sûr, mais aussi pour nous parce que tu es un témoin direct de cette 2ème guerre mondiale et vraisemblablement l’un des derniers.

Ton engagement n’est pas le fruit du hasard. Tu aurais pu ne rien voir, ne rien entendre et ne rien faire. Mais tu es issu d’une famille modeste dans laquelle on partage des valeurs solidaires. Ton oncle aidera les républicains espagnols contre Franco et ta mère (militante communiste) cachera et protégera des enfants juifs. Cela aide sans doute à la prise de conscience que devant l’inacceptable, il faut dire non et agir. C’est ainsi que tu entendras ton ami Marc Parrotin raconter l’aide apportée aux maquisards pendant les vacances et avec 3 autres camarades de ton lycée à Guéret, tu créeras le groupe René Laforge en lien avec les Francs-Tireurs Partisans. Tu entres donc en résistance, transportes de l’armement, des vêtements, de la nourriture pour le maquis puis tu participes aux combats de la Libération et à des embuscades. Tu t’engageras jusqu’à la fin de la guerre. La haine de l’occupant et la politique de Vichy sont pour toi de bons carburants mais aussi les privations engendrées par la guerre, la menace du STO. Tu prends des risques. Pour moins que cela d’autres ont été fusillés, déportés, décapités ou internés. Tu ne revendiques pas bien entendu la qualité de héro. Je ne t’ai pas souvent entendu la citer mais cela rejoint bien ce que disait Geneviève De Gaulle, qui déportée à Ravensbrück dans un convoi de 1000 femmes, issues de tous milieux, de toutes convictions politiques... soulignait : « Nous avions une chose en commun : avoir, à un moment donné de notre vie, refusé l’inacceptable. Nous ne sommes pas pour autant des héroïnes de guerre. Mais je revendique le terme, nous sommes des résistantes ».


Pierre, tu as fait le choix de témoigner. Témoigner c’est lutter contre l’oubli. Tu ancres toujours ton histoire personnelle dans le cadre de l’histoire de la France et du monde ; tu situes l’histoire dans un parcours intelligent qui ne peut être fractionné : du passé au présent, pour l’avenir. Comme Lucie Aubrac, pour toi « la Résistance se conjugue bien au présent ».

En 2000, tu écris une adresse à la jeunesse : « Jeunes sur qui repose l’avenir de la France et, au-delà, la construction européenne, le développement inouï des relations internationales, la connaissance de l’histoire vous est indispensable. "Les peuples qui ignorent leur histoire sont condamnés à la revivre" (Marx). Voilà pourquoi l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (A.N.A.C.R.) multiplie ses efforts pour vous aider à comprendre le combat que nous avons mené, à mesurer toute la portée de la victoire sur le nazisme, mais aussi l’exigeante nécessité de rester vigilants. Car "Rien n’est jamais acquis à l’Homme…" (Aragon). »

Tes amis aujourd’hui disparus, Guy Béziade, Michel Defrance, Yvonne Abbas convergent sur ce rapport au présent et sur le besoin d’engagement qui concerne chacun d’entre nous :

Guy Béziade : « Je veux que les jeunes d’aujourd’hui s’engagent. S’ils entendent et subissent les événements, peut-être que dans 70 ans, eux aussi, devront témoigner sur la façon dont ils ont dû résister au fascisme ».

Michel Defrance : « Il ne faut pas oublier les sacrifices consentis notamment par les jeunes, et mettre en garde contre la résurgence des idées de haine qui ont plongé l’Europe dans la barbarie ».

Yvonne Abbas témoignait aussi pour « tous ceux qui ne sont pas revenus », rendant ainsi hommage aux résistants et déportés, certes, mais aussi à leur engagement qui ne pouvait pas rester vain.

C’est ainsi que Guy Mocquet, 17 ans, otage, écrit sur les murs du baraquement avant d’être fusillé, pour ceux qui restent « soyez dignes de nous, les vingt-sept qui allons mourir ».


Pierre, des valeurs humanistes fortes ont soutenu ton engagement. Contre le fascisme qui robotise les hommes, aliène les LIBERTES ; contre les inégalités, les discriminations, l’exclusion qui entravent l’EGALITE ; contre la Haine qui détruit, divise et empêche la FRATERNITE ; et pour un monde SOLIDAIRE, dans lequel on construit des Droit universels, car chacun peut prétendre à des JOURS HEUREUX. Vous Résistants, vous avez contribué à ce projet formidable de conquêtes économiques et sociales, qui a été traduit dans le programme du CNR et dès la Libération par des réformes dont nous mesurons encore les effets.

Vous nous mandatez pour préserver l’héritage de cette Résistance aux mille visages. Nous le ferons dans la fidélité et la continuité pour rappeler le rôle de la Résistance dans la libération de notre pays, présenter le programme du Conseil national de la résistance, inviter à renforcer l’enseignement de l’Histoire notamment par la préparation du concours national de la Résistance et de la déportation.

Nous vous sommes redevables. Face à la présence constante d’idées immondes qui défigurent l’humanité et se nourrissent de la misère sociale, nous resterons vigilants et actifs.

Le média lycéen de Beaupré et d'ailleurs

Amalthée