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  • Séraphin Deuze

« Chute libre », un épisode de Black Mirror qui fait froid dans le dos


Black Mirror est une série d’anthologie qu’on pourrait qualifier d’anticipation. Elle se plaît à imaginer notre société dans le futur, confrontée à des situations toutes plus dérangeantes les unes que les autres. Que ce soit un monde virtuel qui permet d’échapper à la mort, un dispositif permettant de revoir toute sa vie ou celles des autres image par image, ou bien des clones à taille réelle pour remplacer les disparus.

 

L’épisode qui nous intéresse ici, c’est le premier de la troisième saison, nommé « Chute Libre » (Nosedive en anglais), sorti en 2016, produit par Netflix et réalisé par Joe Wright. Dans le monde que nous présente cet épisode, la course aux likes et à la popularité qu’on peut parfois retrouver dans nos sociétés est poussée à l’extrême : absolument tout est noté. Lorsque que vous discutez avec votre voisin, lors de vos interactions avec un collègue, ou bien même après une dispute avec l’un de vos proches, vous lui attribuez une note. Mais cela ne se résume pas à une simple note : elle dirige une partie de votre vie, puisque des pans entiers du quotidien sont accessibles ou non en fonction de votre note. Des bars, des restaurants, même des emplois, tout ou presque est régi par votre note.


Une société où tout est noté !

Dans cette société, on suit Lacie, une femme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle est, comme la majorité de la société, très attachée à sa popularité et fait tout pour l’entretenir (par exemple elle est très polie avec ses collègues et ses proches). Lorsqu’on nous la présente, Lacie veut déménager. Elle a un énorme coup de cœur pour une maison, seulement elle n’a pas la note suffisante pour pouvoir l’acheter. Alors, lorsque sa meilleure amie d’enfance lui demande d’être dame d’honneur pour son mariage, Lacie, sous l’impulsion de son coach (parce que les gens ont des coachs pour les aider à améliorer leur note), saute sur l’occasion. Mais le plan, comme l’annonce déjà le titre, ne va pas se passer comme prévu.

Tout au long de l’épisode, on suit le périple de Lacie, qui essaye de se rendre au mariage de son amie, malgré toutes les péripéties qu’elle rencontre. Ces obstacles et imprévus changeront bien entendu sa note, mais pas dans le sens qu’elle espérait. Elle va apprendre alors progressivement, grâce aux différentes personnes qu’elle croisera sur son chemin, à prendre de la distance avec cette note qui régit son monde, sa vie, et alors à se reconnecter en quelque sorte à la vie réelle, et à sortir de l’hypocrisie ambiante qui emprisonne son monde.


Le crédit social : une dictature de la note en Chine ?

Ce plot semble totalement insensé : qui voudrait vivre dans une société où toutes nos actions sont notées, où tout ce qu’on fait est scruté dans le moindre détail par les autres, et où, si on n’obtient pas une note suffisante, des pans entiers de la vie nous sont retirés.

Alors certes, cette réalité n’existe pas en France et n’est pas prête d’exister pour l’instant. Mais en Chine, la situation s’en rapproche beaucoup.

En effet en Chine, un système de notation de la population qu’on appelle le « crédit social » est en phase de test depuis 2018.

Ce système se base sur un dossier pour les citoyens compilant la plupart des actions qu’ils ont entrepris dans leur vie, actions qui vont donc influencer leur note. Ce système est à l’initiative d’un professeur de sciences sociales, Lin Jinyue.


Dénoncer un citoyen peut augmenter votre note !

Certaines actions peuvent alors augmenter la note de l’individu, d’autres peuvent la baisser. Par exemple, brûler des ordures ou des feuilles sans autorisation peut retirer 5 points à la note, alors que dénoncer un citoyen pour une participation à une secte peut l’augmenter de 5 points.

Le système est plutôt bien reçu en Chine, surtout dans les petites communes rurales, le crédit social étant perçu pour certains comme un moyen de s’améliorer en tant que personne, de devenir de meilleurs citoyens chinois.

Bien sûr, la note a une influence dans la vie des citoyens. Les citoyens très bien notés sont acclamés, vus comme des petits héros du quotidien. Ils sont même affichés pour certains sur des panneaux publicitaires dans leur ville. Cependant, ce n’est pas la même chose pour ceux qui sont mal notés. On estimerait à 20 millions les citoyens qui sont mal considérés, avec une « mauvaise note ». Tout d’abord ils ont l’interdiction de voyager, que ce soit en train ou en avion, et donc bien sûr de quitter le pays, mais pour certains cela peut aller encore plus loin.

Dans certains centres commerciaux, les profils de ces « mauvais élèves » circulent aux yeux de tous, et dans certaines provinces chinoises, ils se voient attribuer une sonnerie spéciale pour leurs numéros, qui informe donc les proches qui tentent de les joindre, leur demandant d’essayer de remettre cette personne sur le droit chemin.

Le gouvernement fait tout, pour inciter à la bonne conduite de la population punissant, plutôt sévèrement, les actions qu’il juge mauvaises.

Certaines régions du monde ont même déjà, pour éviter une surveillance aussi poussée jusque dans les moindres détails de la vie privée des individus, pris des mesures. Comme la Californie par exemple qui a interdit toute utilisation de caméra dans les rues pour la reconnaissance faciale d’individu.

Même si ce système n’a quasiment aucune chance de se démocratiser et d’arriver en Europe, il est presque étrange de savoir que ce qui a été imaginé par une série de science-fiction comme Black Mirror, qui s’amuse à concevoir les pires scénarios pour notre futur, se retrouve, même si heureusement moins poussé, ancré dans notre monde.

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