• La rédaction d'Amalthée

Perturbateur endocrinien : une substance méconnue qui inquiète


On parle de plus en plus des perturbateurs endocriniens dans les médias. Mais ce qui se cache derrière ces mots savants n'est pas toujours clair pour tout le monde. Pourtant, les enjeux sont autant scientifiques que politiques, parce qu'ils touchent à la santé. On fait le point.

Un perturbateur endocrinien est une substance naturelle ou synthétique, ayant un impact sur le système hormonal humain. Pour nous permettre de mieux comprendre ce procédé, il nous faut connaître certaines notions.

Des notions pour mieux comprendre

Une hormone est une substance chimique fabriquée par une glande et apportée par le sang aux différents organes de notre corps, ayant pour objectif de les stimuler afin qu'ils « réalisent » certaines tâches. Les hormones régulent de nombreuses activités du corps humain comme la puberté, la croissance, le sommeil, la libido, la température corporelle et la faim.

Le système hormonal est un réseau de glandes réparties dans l'entièreté du corps : la thyroïde, les glandes surrénales, le pancréas et les appareils reproducteurs en font partie.

Où retrouve-t-on les perturbateurs endocriniens et que font-ils concrètement ?

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits industriels. Par exemple :

- Les parabènes présents dans les cosmétiques et les médicaments ;

- Les bisphénols présents dans les emballages alimentaires ;

- Les phtalates présents en partie dans les câbles, les adhésifs mais surtout les pesticides utilisés dans l'agriculture et se retrouvant dans notre assiette.

Les enfants, les adolescents, les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes font partie de la population ayant le plus de risques de ressentir les impacts de ces perturbateurs.

Une fois dans notre corps, les perturbateurs endocriniens vont reproduire les caractéristiques d'une hormone déjà présente naturellement au sein de notre organisme et ainsi en perturber son bon fonctionnement de deux manières différentes :

- Soit en se faisant passer pour des hormones naturellement sécrétées et en en profitant pour envoyer aux organes des stimuli qui ne sont pas les bons ;

- Soit en empêchant les hormones d'accéder aux organes sur lesquels elles sont censées influer.

Les chercheurs soupçonnent les perturbateurs endocriniens d'altérer la reproduction, la croissance des êtres humains et des animaux mais également d’être à l'origine de cancers (du sein, des testicules, des ovaires, de la prostate), de cas d'infertilité, de diabète, d'obésité ou d'autisme. Ce qui semble logique car ces maladies sont liées au système hormonal qui est lui-même perturbé par ces substances.

Ces perturbateurs cumulent deux aspects très négatifs : ils sont nocifs même à petite dose et sont coriaces dans la nature. Même en étant rejetés dans les cours d'eaux ou autres, ils mettent un certain temps à se dégrader entièrement et finissent par polluer l’environnement.

Les actions pour les contrer

Malheureusement, il est impossible de les supprimer de notre quotidien mais nous pouvons essayer de les limiter par des gestes simples. Il est préférable de ne pas réchauffer des aliments au micro-onde dans un Tupperware en plastique, ou de ne pas les mettre dedans directement lorsqu'ils sont chauds. Pour les conserver ou préparer par exemple son repas du lendemain, il vaut mieux attendre que les aliments refroidissent avant de les mettre en boîte. Dans les cosmétiques, il est conseillé de privilégier les produits labellisés sans parabène. Pour les textiles et jouets, de les laver avant tout contact avec la peau. Et pour la maison, d'aspirer, de laver avec des produits d'entretien naturels, comme le savon de Marseille, régulièrement, mais surtout d'aérer tous les jours afin d'éliminer tous les perturbateurs endocriniens pouvant se trouver dans l'air.

Les dangers des perturbateurs endocriniens : quelle action politique ?

Bien évidemment, certains perturbateurs endocriniens dont la dangerosité est évidente ont déjà été interdits. C’est le cas du bisphénol A, interdit par l’Union européenne pour la fabrication des biberons pour nourrissons depuis 2011 et en partie par la France dans les emballages alimentaires depuis 2015. Mais l'utilisation de bisphénol S et F suscite aussi de nombreuses inquiétudes.

Le gros problème est que la toxicité de ces perturbateurs endocriniens est parfois difficile à démontrer de façon scientifique. Des études complètes manquent et les industriels font pression auprès des autorités pour ne pas abandonner ces substances. Pourtant, comme ces dernières peuvent avoir des conséquences néfastes pour la santé publique, le prix à payer est élevé. En effet, selon une vingtaine des chercheurs américains et européens, « la part [des] maladies et troubles chroniques attribuable aux perturbateurs endocriniens (PE) coûtent chaque année à l’Union européenne plus de 157 milliards d’euros, soit environ 1,23 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Union ». De plus, les ONG qui avertissent les gouvernements sur les dangers des perturbateurs endocriniens sont nombreuses.

Si certains Etats, comme la France et la Suède, semblent prendre la mesure de ces avertissements, il n’existe pas encore de véritable action collective. En témoigne un récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales qui accuse l’Union européenne de ne pas faire assez. Or, face aux puissants lobbies des industries du plastique, du cosmétique et des pesticides, seule une réglementation européenne, voire internationale, pourrait permettre de limiter l’utilisation de perturbateurs endocriniens. Voilà l’enjeu de ces prochaines années.

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